« La principale raison pour laquelle offshore programming rime avec "Inde" dans beaucoup d'esprits | Accueil | Banques et assurances misent sur l'externalisation »

Offshore programming: la ruée vers l'est

Un dossier intéressant dans le Monde Informatique du 1/10/2004 car on y sort un peu de l'habituel "offshore" = inde.
LMI n° 1040 du 01/10/2004
Offshore : un démarrage prudent, une accélération inéluctable

Technologies adaptées, qualité de la sous-traitance, réorganisations internes des entreprises, main-d'oeuvre à bas prix, pression des directions achats, barrière psychologique qui s'effondre… Le mouvement de croissance de l'offshore semble inéluctable dans les services informatiques, y compris en France. Reste à mieux le quantifier.

"La délocalisation des services n'en est certes qu'à ses débuts, mais il se pourrait qu'elle marque rapidement un tournant. Elle annonce un déplacement à grande échelle de l'activité de production qui va entraîner une nouvelle division internationale du travail." Cette prédiction pessimiste ne sort pas de la bouche d'un syndicaliste, mais d'un organisme très sérieux, l'ONU. Plus précisément, elle est extraite du dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sur les investissements internationaux. Depuis plusieurs mois, les délocalisations d'emplois des pays développés vers les pays émergents sont devenues un sujet brûlant. Au point de figurer, aux Etats-Unis, au cœur de la campagne pour l'élection présidentielle de novembre. Le Sénat américain a fait voter en janvier dernier des restrictions à l'accès aux marchés publics pour les entreprises procédant à des délocalisations. D'autres parlementaires américains ont proposé la création d'une taxe sur les emplois délocalisés à la fois pour freiner les velléités des entreprises en la matière et pour créer un fonds qui permettrait la création d'emplois nationaux. En France, Jacques Chirac a chargé Jean-Louis Beffa, ex-patron de Saint-Gobain, d'un rapport qui explorerait les possibilités de grands programmes industriels pour endiguer les pertes d'emplois liées à l'offshore.
Si les emplois industriels sont les premiers visés, le secteur des services est également touché. Nombre de prestations, comme la comptabilité ou la facturation, sont d'ores et déjà sous-traitées dans des pays à bas salaires. Ce mouvement ne peut que s'accélérer, et l'informatique et les technologies de la communication sont doublement concernées. D'abord parce qu'elles permettent de produire les services cités ci-dessus à distance, et ce pour un coût sans cesse à la baisse compte tenu de la chute du tarif des télécommunications. Ensuite, parce que des prestations comme le support aux utilisateurs ou le développement de logiciels se prêtent particulièrement bien à cette pratique. D'où cette estimation de la Cnuced : la sous-traitance à l'étranger des prestations informatiques devrait passer de 1 milliard de dollars en 2002 à 24 milliards en 2007. Un taux de croissance à faire rêver une start-up de la bulle Internet. Parmi les multinationales, l'organisme onusien estime que près de la moitié des grands groupes européens (45 %), qui ont déjà délocalisé une partie de leurs activités, vont amplifier le mouvement, ce qui signifie qu'ils sont satisfaits de niveau de qualité de leurs sous-traitants. Et d'estimer qu'aux Etats-Unis trois millions et demi d'emplois pourraient ainsi se voir délocalisés dans les dix prochaines années.

Délocalisation de services : multipliée par trois en deux ans

En France, le sujet préoccupe certes, mais peu de chiffres avérés circulent. Les dernières estimations de la chambre patronale du secteur des logiciels et services informatiques remontent à 2002 : le Syntec estimait alors que le développement offshore ne représentait que 1 % du chiffre d'affaires du secteur, soit 100 millions d'euros environ. Mais les choses ont bien évolué depuis. Les grandes SSII, tels Capgemini ou Atos Origin, se sont implantées en Asie. L'élargissement de l'Union européenne en mai dernier a aussi déclenché des réflexions chez nombre d'acteurs du secteur, qui ont vu là l'opportunité de s'implanter dans des pays peu éloignés et au coût du travail inférieur. Enfin, des pays comme le Maroc, la Tunisie ou la Roumanie, qui ne sont pas membres de l'Union, se sont aussi lancés dans de vastes opérations de charme vers les SSII hexagonales. On a ainsi vu récemment Unilog s'associer avec une filiale de France Télécom pour ouvrir un centre de services d'externalisation qui se consacre au développement et à la maintenance de système. Et le cabinet d'études Pierre Audouin Consultants estime que l'estimation du Syntec pourrait avoir triplé d'ici à la fin de l'année, pour atteindre 3 % du marché et 10 000 emplois délocalisés. Les PME pourraient aussi tirer la croissance de la délocalisation des services informatiques, attirées par des salaires parfois moitié moins élevés et par des prestations au forfait, mieux adaptées à l'offshore. Le cabinet Gartner estime, lui, que "d'ici à 2005, 30 % des principales entreprises européennes exploiteront des sites à l'étranger" et souligne que "la France a commencé à vaincre sa résistance culturelle". Le Mouvement pour une union nationale des consultants informatiques (Munci), qui regrette l'érosion de cette résistance culturelle, évoque, de son côté, le chiffre de 15 000 emplois perdus.
Autre facteur qui plaide pour le développement de l'offshore, la nouvelle organisation des entreprises. Une étude parue au printemps dernier, réalisée par Tubbydev, une SSII française dont les développeurs sont en grande partie en Russie, soulignait : "Le développement informatique en France est à intégrer dans un débat plus global sur les réorganisations internes des entreprises : l'entreprise se déstructure pour se réorganiser sous la forme d'un réseau. On assiste notamment au repositionnement des DSI et au renforcement des directions achats, deux directions qui n'ont pas la même vision, notamment quand il faut faire le choix de la sous-traitance, en particulier à une société offshore." La récente prise de pouvoir des acheteurs, dont la mission est la rationalisation et la baisse des coûts de l'entreprise, favorise donc la progression de l'offshore.

N'externaliser que ce que l'on maîtrise bien

Pourtant, toutes les prestations informatiques ne sont pas "offshorisables", tant s'en faut. Encore très hésitantes dans leur démarche de délocalisation, les entreprises ne confient à l'étranger que des projets de taille modeste, à effet de test ou de prototype, et dont l'objet et l'issue ne sont pas stratégiques. Catherine Le Louarn, pour KLC, une société de conseil et d'assistance à maîtrise d'ouvrage dans les opérations d'externalisation, le souligne : "Les projets menés en offshore ne sont pas des projets sensibles tout simplement parce qu'il existe des problèmes liés d'une part à la confidentialité (une sécurisation entraînant de plus un surcoût dissuasif), et d'autre part aux aspects juridiques. Il reste difficile d'évaluer ce qui se passerait en cas de litige." Enfin, tout projet réalisé au-delà des frontières, compte tenu des barrières de la langue et de la culture locale, demande une préparation minutieuse et une rationalisation et une formalisation précise des processus afin d'éviter tout dérapage, qui viendrait grever le budget de façon aléatoire. "On ne passe en offshore que ce que l'on maîtrise déjà bien aujourd'hui sur place", affirme Nicolas Goldstein, consultant en développement offshore pour OD Consortium.
Le développement reste ainsi l'un des grands classiques, qu'il s'agisse de spécifique dans le cadre d'un nouveau projet, de refonte, de migration ou de conversion de code. Les applications existantes sont basculées en mode Web ou vers des langages plus récents (Java, C++, .Net ou J2EE). "Mais ces prestations ne touchent pas aux aspects fonctionnels", précise Jean-Yves Grisi, directeur général de Pivolis, une société pivot. Ce sont les services proposés par des pays tels que la Roumanie, le Maghreb ou l'Ukraine. Un cran au-dessus, l'intégration de progiciels, autour des produits SAP ou PeopleSoft entre autres, est devenue la spécialité de l'Inde, qui est montée en puissance sur ces aspects et reste le seul pays à proposer ces prestations. Le groupe Lafarge a ainsi lancé à Bombay un programme de développement autour du progiciel JD Edwards par l'intermédiaire d'un partenaire local.
La TMA (tierce maintenance applicative) est également l'une des activités les plus pratiquées par les entreprises françaises hors de nos frontières. "C'est une prestation facile à déporter", précise Jean-Yves Grisi. Certaines sociétés ont souvent commencé par l'externaliser en province, comme le proposent des SSII telles que Unilog (à Amiens) ou Atos Origin (à Sophia-Antipolis). Mais pour Catherine Le Louarn, il ne s'agit que d'une première étape : "Pour une entreprise, le plus gros effort consiste à accepter l'idée de sortir l'activité de ses murs. Il faut formaliser les processus, les demandes, organiser les comités de pilotage, c'est un travail important. L'activité est ensuite déportée, mais toujours sur la France (on parle de nearshore), avec un effet induit un peu pervers car elle est dès lors prête pour le vrai offshore, à un coût plus intéressant. C'est l'effet centrifugeuse."

Une revente rentable pour les SSII françaises

Depuis que les services achats ont repris la main sur la rentabilité de l'informatique, il est devenu évident que le prix reste l'élément moteur de la décision pour un projet. C'est encore plus flagrant en ce qui concerne l'offshore. "Au-dessous de 35 à 40 % d'économie, il n'est pas intéressant de faire de l'offshore", constate Nicolas Goldstein. Si les chiffres sont difficiles à vérifier sur le terrain, la société Tubbydev, avec ses développeurs russes, propose ainsi des tarifs à 185 euros par jour, qu'elle compare aux 200 euros par jour pour un Indien, 300 euros pour un Indonésien et 400 euros pour un Français titulaire d'un BTS. "Il est même possible de descendre jusqu'à 80 euros par jour en travaillant en direct avec un prestataire étranger", avance Nicolas Goldstein. Une étude menée par JM-Contacts, une petite société malgache spécialisée dans l'offshore, révèle de son côté les tarifs suivants : de 150 à 200 euros par jour pour un développement réalisé par une petite société offshore pour le compte d'une SSII occidentale, de 500 à 750 euros par jour pour un développement effectué à l'étranger par une SSII française pour une PME française (à rapprocher d'une moyenne de 1 000 euros par jour, prix pratiqué par de grosses SSII locales pour les grands comptes). Sur le papier, une SSII française rachetant une partie de la prestation offshore à 200 euros et la revendant à 800 euros réalise donc une marge confortable. Reste que le tarif à la journée n'est que la partie immergée de l'iceberg. Bruno Campenon, responsable informatique d'avant-projet qui a mené un projet offshore mobilisant en Inde environ 70 personnes pour BPPS (filiale de BNP Paribas), le soulignait dans nos colonnes en rappelant que les ajustements liés au démarrage, sous-estimés, en termes de déplacements par exemple, avaient un peu alourdi la facture. Néanmoins, ces erreurs seront petit à petit évitées à mesure que les directions hexagonales se familiariseront avec ces nouvelles méthodes de travail. La formalisation des processus et l'organisation humaine ont aussi un coût, avec la création de postes de responsables opérationnels nécessaire au pilotage de ce type de projet. Et puis, comme le précise Catherine Le Louarn : "On peut estimer le gain de l'ordre de 30 à 50 % sur le coût global d'un projet, mais l'écart entre les prix pratiqués par les pays les plus connus, initialement de 1 à 4, se réduit car le niveau de compétences s'élève." Dominique Malige, directeur informatique du groupe Lafarge, estime, lui, que l'offshore lui permet de diviser les coûts par un facteur de 5 à 10. Un éclatement des estimations qui prouve que l'offshore reste en France sujet à bien des approximations.

Teamlog privilégie la proximité
Plutôt orientée nearshore avec des implantations en Espagne, en Roumanie et en Slovaquie, la SSII Teamlog (110 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2003 pour 1 700 personnes) propose à ses clients des prestations délocalisées depuis 2002. A l'étranger, 140 personnes composent aujourd'hui ses effectifs, dont 70 % travaillant sur du help-desk et 30 % sur du développement. Si la SSII a choisi de ne pas s'implanter en Inde, c'est pour ne pas s'éloigner de ses clients, Teamlog travaillant sur "des projets franco-français ou européens", explique Vincent Billiet, directeur commercial de cette activité. "Les grands projets internationaux représentent 10 % du marché de l'externalisation à l'étranger. Nous visons le cœur du marché, des clients pour lesquels la dimension proximité est un plus." Pourtant Vincent Billiet reconnaît : "L'offre nearshore est un peu plus chère que l'offshore. En Ile-de-France, nous facturons la journée 350 euros. En nearshore, c'est entre 160 et 200 euros par jour, contre 150 euros pour l'offshore." Mais le prix de la journée n'est pas le seul facteur. "Les économies réalisées en Espagne sont de l'ordre de 10 % sur les salaires, de 15 % sur les charges. Mais il faut ajouter à cela le temps de travail hebdomadaire, qui est de 40 heures. Et organiser le travail sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre s'avère plus facile de l'autre côté des Pyrénées, la législation étant beaucoup plus souple." Des arguments qui feraient bondir des syndicalistes. Ce à quoi Vincent Billiet répond que Teamlog n'a jamais délocalisé un seul emploi. "Cette offre se fait uniquement sur de nouvelles activités. Ce ne sont donc que des créations de postes." Deux ans après son lancement, elle représente un peu moins de 10 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. "Mais c'est notre activité qui croît le plus vite", souligne fièrement son responsable commercial. - J. G.

Glossaire
Offshore - Le terme, issu du vocabulaire des pétroliers, s'applique en général à toute entreprise située hors des frontières de résidence, et donc d'imposition, de son propriétaire. Le modèle consiste pour les entreprises à faire réaliser tout ou partie d'un projet à l'étranger afin de bénéficier de coûts plus bas que ceux pratiqués localement.
Nearshore - Il s'agit d'une externalisation de proximité. On confie tout ou partie d'un projet à une entreprise implantée dans l'Hexagone, mais dans des régions où les tarifs pratiqués sont inférieurs. Le terme est également employé pour des pays proches.

Du leasing appliqué à l'informatique offshore
Pour mener un projet en offshore, les entreprises disposent de plusieurs solutions en fonction du montage choisi. Avantages et inconvénients.

1 - Mode direct
L'entreprise s'adresse directement à une société étrangère à qui elle confie son projet . C'est une solution rarement retenue car elle est risquée.

Avantages
- pas d'intermédiaire
- possibilité d'obtenir des coûts très bas

Inconvénients
- nécessité d'une structure de contrôle forte sur place
- déplacements d'équipes du client chez le prestataire
- complexité juridique

2 - Partenariat avec une société pivot
Les sociétés pivot jouent le rôle d'intermédiaire entre le client et l'entreprise étrangère qui réalise la prestation. La création assez récente de plusieurs sociétés pivot de ce type l'a mis à la mode. On en compte actuellement une quinzaine en France.

Avantages
- réduction du risque de négociation des contrats
- la société pivot est théoriquement responsable de la qualité de la prestation

Inconvénients
- multiplication des prestataires
- peu de contrôle pour le client
- pas de garantie dans la durée

3 - Sous-traitance à une SSII locale travaillant à l'offshore
Dans ce cas, l'entreprise traite localement avec une SSII, cette dernière ayant recours à l'offshore pour tout ou partie du projet.

Avantages
- moins de risque social, car le client n'est pas toujours informé du mode de réalisation
- contrat franco-français
- gestion sous la responsabilité du partenaire

Inconvénients
- tarifs plus élevés compte tenu de la marge prise par la SSII

4 - Création d'une filiale dans un pays émergent
Certains grands comptes implantent directement des équipes informatiques dans les pays à faible coût de main-d'œuvre afin d'assurer les développements informatiques du groupe.

Avantages
- intéressant pour le long terme
- rentable en cas de volume important

Inconvénients
- coût de démarrage élevé
- nécessite l'expatriation d'une équipe
- risque lié à la création d'une entité

5 - Rachat d'une entreprise offshore
Cette option, a priori séduisante puisqu'elle se fonde sur un existant, exige en contrepartie des perspectives d'activité importantes.

Avantages
- développement rapide sur place
- pas de coût de démarrage de l'activité

Inconvénients
- coût du rachat
- nécessité d'avoir le volume pour rentabiliser

6 - Prise de participation dans une entreprise offshore
Cette solution a évolué récemment vers un nouveau concept : le BOT (Built Operate Transfer). Il s'agit de louer dans un premier temps une équipe étrangère en y incluant la gestion des ressources et l'infrastructure, puis de racheter éventuellement l'équipe devenue opérationnelle.

Avantages
- chaque partenaire apporte sa part
- travail dans la durée

Inconvénients
- risque financier lié à ce type d'opération

Glossaire
Onshore "Importation" d'informaticiens étrangers pour des missions au forfait ou en régie. Une pratique illégale en France, sauf à faire signer des contrats de travail nationaux.
Rightshore Appellation déposée par Capgemini. La pratique consiste à utiliser pour un projet "la bonne ressource, au bon niveau et au bon endroit" en fonction des tarifs, des compétences et de la disponibilité.
En bref, une localisation optimisée de la production.

Jean Gimont et Sophie Huet

octobre 14, 2004 in Délocalisation, Externalisation, Offshore programming, Outsourcing, Russie, CEI | Permalink

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
https://www.typepad.com/services/trackback/6a00d834516d3069e200d8350b230653ef

Listed below are links to weblogs that reference Offshore programming: la ruée vers l'est:

Commentaires

Très bon article, très complet !

Rédigé par : Création offshore | 14 oct 2010 10:37:32

Poster un commentaire