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Les bonnes idées des politiques pour "lutter" contre les délocalisations

D'après les phrases de début de cet article des Echos, le gouvernement va proposer que les consommateurs demandent où sont situés les teleconseillers et que les centres d'appels puissent travailler la nuit et le week end.
On se voit parfaitement un soir entrain de chercher un numéro de téléphone en urgence en train de demander au correspondant bouygues, sfr ou orange où il se trouve ;-) ou alors quand on commande un truc à la redoute ;-)) Personne ne dit si l'état envisage de financer les secondes de téléphone consacrées à cette importante question !!
Par ailleurs, tout le monde sait bien que dans les supermarchés, les gens n'achètent jamais les choses made in china et préfèrent bien sûr le made in France !!
Si cette histoire est vraie, il faut vraiment se demander si les politiques prennent des mesures grâce à un jeu vidéo qui ne représente qu'à 85% la réalité ou si cette annonce est destinée uniquement à calmer les syndicalistes qu'on voit à la télé qui réclament ET du protectionnisme au JT de 20 heures ET de l'aide à l'investissement dans les pays dits du tiers monde dans les débats de 22 heures sur le développement durable de la planète..

Voici l'article qui en fait est un point de vue de MANUEL JACQUINET et qui par ailleurs revient sur les "bons" aspects des délocalisations.

Les consommateurs devraient demander où se situent les télé-conseillers et chargés de clientèle qui leur répondent ; les centres d'appels seront peut-être autorisés à travailler la nuit et le dimanche. Telles sont les mesures que deux de nos ministres (Nicolas Sarkozy et Gilles de Robien) ont imaginées récemment pour contrer un phénomène devenu médiatique : celui de la délocalisation massive de centres d'appels et de tant d'autres industries. On pourrait apprécier la réactivité de ces propositions, mais elles sont malheureusement bien tardives et feront sourire ceux qui regardent le monde avec lucidité et vivent dans la réalité.

Depuis bientôt huit ans, les services à distance se sont considérablement développés, peut-être parce qu'ils correspondent à une attente de la société (demande d'informations, de conseils), mais aussi parce qu'ils permettent d'assurer à moindre coût, 24 heures sur 24, des tâches d'assistance (hotline) et de vente. 230.000 personnes travaillent en France, souvent avec beaucoup d'efficacité, dans ces fameux centres de contacts qui assurent et produisent ces télé-services.
Pour autant, notre pays n'a jamais cru à cette filière : petits boulots, sales métiers, usines du troisième millénaire... Les images négatives ont pullulé. A l'instar de nombreuses activités de service, ce secteur n'a pas su intéresser les médias et ceux-ci ne s'y sont pas intéressés. Pas un seul quotidien ne prit jamais la peine de traverser le miroir et de réaliser un réel travail d'investigation ; celui-ci aurait permis pourtant de mieux apprécier l'évolution de ce secteur, d'identifier les paramètres qui allaient le bouleverser. Au lieu de quoi on a multiplié images d'Epinal et critiques à l'emporte-pièce.
La première représentation positive en a été donnée récemment par une grande entreprise publique, EDF. Dans sa dernière campagne publicitaire, on aperçoit un homme de couleur noire avec un casque. On devine qu'il répond à un client. Certes l'image est shootée, léchée, mais qu'importe. Au-dessus du visuel, des mots réconfortants : « Le métier de cet homme ? Raccourcir les délais entre votre question et sa solution. » Pour la première fois, le « sale » job de télé-conseiller est devenu un métier. Pour la première fois, une grande entreprise suggère sans ambiguïté que son coeur de métier est le service qu'elle dispense et pas seulement les kilowatts qu'elle produit.
Mais c'est un peu tard... et de toutes façons, ces délocalisations qu'on diabolise ont de réelles vertus. Elles nous ramenent à la réalité. De trop nombreux marchands d'illusions nous bercent avec des rêves réconfortants : tout un chacun veut devenir une star... mais, pour beaucoup d'entre nous, la réalité est différente. Il faut travailler pour progresser, les usines ont besoin d'ouvriers, le stress est une donnée de la vie.
Les délocalisations nous incitent aussi à partager. Il y a trente ans, nos vieilles 404 rouillées ou avec un trop grand kilométrage se vendaient aux travailleurs immigrés qui rentraient au pays. Aujourd'hui, certaines activités (les métiers du bâtiment, de l'assistance à domicile...) que nous considérons comme des sales métiers, des petits jobs, ne séduisent pas les jeunes Français. A Cotonou, à Dakar, il n'en est pas de même : de jeunes diplômés béninois, sénégalais y voient de vrais métiers qui leur rapportent de vrais salaires.
Elles nous incitent aussi à nous spécialiser : nous réalisons des transferts de technologie dans le nucléaire, les TGV. Réalisons la même chose dans l'industrie de la relation client et vendons notre savoir-faire à ces nouveaux pays industriels.
Un entraîneur allemand peut mener une équipe grecque. Un bateau suisse peut gagner l'America's Cup, une tenniswoman belge remporter Roland-Garros... et nous n'y voyons pas de mal. Si les demoiselles du téléphone s'appellent désormais Rachid ou Ismaïla, c'est simplement que le monde change. Comme dit la chanson qui passe souvent à la radio en ce moment : « Bonne Nouvelle ! »
MANUEL JACQUINET est directeur de la rédaction du magazine professionnel « En-Contact » et fondateur de Colorado.

septembre 1, 2004 in Délocalisation, Externalisation, Outsourcing | Permalink

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