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La presse et les politiques: Haro sur les délocalisations

La presse d'aujourd'hui semble s'être donné le mot pour taper sur le phénomène à la mode responsable de tous les maux: les délocalisations !!
Le Figaro en fait ses gros titres d'aujourd'hui. Libération et les autres journaux suivent.
Quasiment tout le monde se passionne pour les mesures possibles du gouvernement (des aides, des incitations dont on se demande ce que c'est réellement: quelqu'un a-t-il vu une incitation à innover en réel ? c'est quoi ? ;-)) et l'égalisation des impôts en Europe..
Personne ne parle des différentiels de salaires alors que c'est LA cause principale.
Dans tous ces lieux communs, UN article de libé tente de replacer le vrai débat:

Son titre:

Un phénomène difficile à évaluer

"Bien réel, il reste pour l'instant marginal en termes d'emplois perdus"

Un phénomène difficile à évaluer

Bien réel, il reste pour l'instant marginal en termes d'emplois perdus.

Par Grégoire BISEAU

mardi 14 septembre 2004 (Liberation - 06:00)




'était il y a pratiquement un an. Alerté de toute part par les ravages des délocalisations dans plusieurs régions, un groupe de sénateurs se décide à lancer une enquête parlementaire pour tenter une évaluation du phénomène. En juin, le rapport est publié (1). Dans les pages d'introduction, on peut lire les lignes suivantes : «Première certitude, contrairement aux affirmations les plus courantes, il n'existe pas de mouvement de délocalisation massive de nos industries de main-d'oeuvre.» Bigre. Les sénateurs seraient-ils définitivement séniles ? Non. Bizarrement, beaucoup d'économistes qui ont planché sur une évaluation des délocalisations concluent en gros la même chose : la part des emplois détruits serait ­ pour l'instant en tout cas ­ marginale. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le problème est négligeable. Tentative d'explications.

1) De quoi parle-t-on ?

Le mot «délocalisation» est devenu un attrape-tout qui a rendu les termes du débat ­ et donc l'évaluation du phénomène ­ très compliqués. Si on retient une définition stricte, «délocaliser» signifie fermer une usine, la transférer dans un autre pays, puis réimporter en France sa production. Difficile pour autant de classer chaque investissement à l'étranger entre «vraie» et «fausse» délocalisation. Par exemple, quand le groupe PSA décide, coup sur coup, de construire une usine en Slovaquie, puis en République tchèque avec Toyota, il est convenu de ne pas parler de délocalisation, mais d'investissement à l'étranger dont le but est de pénétrer les nouveaux marchés de l'Europe de l'Est. Pour autant, une partie des voitures produites seront vendues sur le marché français.

2) Quelle est la responsabilité des délocalisations dans la destruction d'emplois industriels ?

Ce débat intervient dans un contexte de crise de l'emploi industriel. Alors qu'en 1999 et 2000 l'industrie française avait recommencé à créer de l'emploi grâce à la croissance, la situation s'est détériorée. Depuis 2001, ce sont environ 150 000 postes qui ont été détruits. Pour nuancer ce tableau, il faut préciser que pendant cette période les services à l'industrie (qui englobent l'emploi intérimaire et des fonctions externalisées comme le transport, l'informatique...) ont, eux, créé 70 000 emplois. Pour mesurer l'«effet déloc», la Direction des relations économiques extérieures (Dree) de Bercy a enquêté. Après avoir recensé les investissements des entreprises françaises en 2002 dans les pays d'Europe centrale et orientale, la Dree considère que seuls 10 % seraient assimilables à des délocalisations. Une étude de l'Observatoire européen du changement (EMCC) a conclu que, sur un échantillon de 1 460 entreprises européennes ayant annoncé la suppression de 777 000 emplois dans l'Union des Quinze, en Pologne, en République tchèque et en Slovaquie, seuls 4,8 % seraient dus à des délocalisations.

3) Les délocalisations ne seraient-elles qu'une menace fantasmagorique ?

Non. D'abord parce que derrière cette évaluation statique globale se cachent des réalités sectorielles (le textile, la chaussure...) et territoriales catastrophiques. D'autre part, les délocalisations ne concernent plus uniquement les industries de main-d'oeuvre sans valeur ajoutée. Désormais, les entreprises de services, mais aussi de high-tech, sont tentées, convaincues de trouver en Chine ou en Inde de la main-d'oeuvre formée. «Beaucoup d'économistes minimisent l'impact car ils ne regardent que la perte nette d'emplois directs. Il existe aussi des dommages collatéraux comme le chantage actuel des multinationales au moins-disant social», assure Claude Pottier, chargé de recherches au CNRS.

Derrière le débat des délocalisations se cache aussi celui, plus large et à plus long terme, de la déflagration causée par la montée en puissance de la Chine et de l'Inde dans le commerce mondial. «Le sujet vraiment inquiétant est que la France perd des parts de marché dans le commerce mondial, y compris dans le secteur des biens technologiques à forte valeur ajoutée. Et cette réalité peut être terrifiante», explique Jean-Hervé Lorenzi, économiste et auteur, avec Lionel Fontagné , directeur du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), d'un rapport sur les délocalisations qui sera remis au Premier ministre dans quelques jours. Bref, de quoi faire des délocalisations un sujet à manier avec des pincettes méthodologiques.

(1) «Délocalisations : pour un néocolbertisme européen.» Commission d'enquête présidée par Christian Gaudin avec pour rapporteur Francis Grignon.

septembre 14, 2004 in Délocalisation | Permalink

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