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Difficultés de la délocalisation (exemple de Cegetel et de ses centres d'appels)

Un article de Libération à ce sujet qui montre bien les incompatibilités des différentes parties concernées:
- l'entreprise qui doit baisser ses coûts et qui est soumise non seulement aux niveaux de salaires français mais aux taxes
- l'état qui ne peut baisser les taxes mais offre des avantages pour s'installer dans certaines régions, avatanges qui servent uniquement à baisser le coût pour les entreprises et non à installer durablement de l'emploi
- employés qui n'ont pas trop envie ni ne sont habitués à devoir migrer pour trouver du travail
- sundicats, qui d'une part défendent l'internationalisation, l'aide aux pays en voix de développement et qui d'autre part refusent la création d'emplois dans ces pays (à ce titre la phrase du représentant CGT cité dans l'article: "Dans cinq ans, il faudra trouver encore moins cher, le Sénégal ou le Gabon... Et après ? Jusqu'où vont-ils aller ?» si elle était issue d'un représentant du FN aurait provoqué quelques réactions indignées ;-)

Il serait intéressant de savoir quelle est l'économie engendrée et où vont les sous économisés.

L'article: Les téléopérateurs de SFR refusent l'option monde

Timing, son centre d'appels sous-traitant, délocalise une part de son activité au Maroc Par Mathieu DESLANDES
mardi 24 août 2004 (Liberation - 06:00)

Cécile, casquette blanche, et Véro, casquette kaki, se relaient au micro. Elles occupent le premier rang de la petite centaine de manifestants qui s'étaient rassemblés, hier, devant le siège de Vivendi Universal, à deux pas de la place de l'Etoile, à Paris. Sur une feuille, elles ont compilé tous les slogans qui leur sont passés par la tête. «210 personnes au chômage, Cegetel assure ses marges», «Nos emplois partent au Maroc. Nos revenus : les allocs»... Quand la rime sonne et qu'elles trouvent le bon tempo pour la scander, quelques-uns de leurs collègues commencent à se déhancher, à frapper dans leurs mains et à taper du pied en rythme sur le trottoir de l'avenue de Friedland. ça ne dure jamais longtemps, elles veulent tester toutes leurs trouvailles. «Allez, on passe à "Cadences accélérées. Pour finir : licenciés."»
Cécile et Véro sont toutes deux salariées de Timing. Ce centre d'appel, basé à Montrouge (Hauts-de-Seine), sous-traite le service de renseignements téléphoniques de l'opérateur SFR. Il appartient au groupe B2S, qui a présenté en juin un plan social visant selon les syndicats, à supprimer 210 emplois sur 348, en délocalisant progressivement le travail de nuit et du dimanche vers le Maroc (Libération du 20 août 2004). Hier, la direction de B2S a publié un communiqué assurant le maintien des emplois de «plus de 60 % des 280 équivalents temps plein.» Ce qui fait tout de même 112 postes sans avenir assuré.
«Marchandage». Linda, 27 ans, est venue comme ses collègues pour «impliquer SFR» : «La direction de B2S nous dit que Cegetel-SFR n'est pour rien dans le plan social... Mais de qui se moque-t-on ? Si B2S en est arrivé là, c'est parce que Cegetel veut payer les prestations de ses sous-traitants toujours moins cher.» D'autres salariés de Montrouge ont fait cercle autour d'elle. «Timing ne gère que nos fiches de paye. Pour le reste, tout appartient à Cegetel, souligne Kamel, 31 ans. Les murs, les sièges sur lesquels nous sommes assis, les logiciels...» «Et même nos boîtes e-mails !», glisse Cécile, 30 ans, «téléopératrice de nuit». «Par téléphone, par courrier, de vive voix, nous recevons plein d'ordres directement de Cegetel, ajoute-t-elle, ça s'appelle du marchandage de main-d'oeuvre et c'est illégal !» Nefertari, 35 ans, préfère réciter le courrier de l'inspection du travail à B2S : «Après avoir pointé toutes les carences du plan social, la lettre indique qu'il serait de bon ton d'impliquer Cegetel dans les reclassements compte tenu des liens très étroits entretenus avec Timing...» Tous exigent des postes «au moins équivalents» au sein du groupe Vivendi Universal.
Inéluctable. «Timing, Cegetel : même patron, même combat.» Derrière la banderole, des salariés de Cegetel venus par solidarité. Et parce qu'ils se sentent «exposés au même sort». Selon Christophe Feuillet, représentant Sud, «Cegetel ne manquera pas une occasion de transférer à des sous-traitants, en France puis à l'étranger, ce qui lui reste d'activité en interne».
Mais très vite, les orateurs qui se succèdent au micro cherchent à dépasser ces deux cas pour dénoncer «la politique sociale scandaleuse» menée dans le secteur des télécoms. «Cegetel et France Télécom, les deux principales entreprises du secteur, après avoir spéculé sur la bulle boursière, reportent le poids de leur dette sur les entreprises sous-traitantes», s'indigne David Chinaud, au nom de la fédération CGT-PTT. Pour lui, «les subventions publiques, offertes pour implanter des centres d'appel dans les zones de province sinistrées, sont utilisées pour faire du dumping social». «Dans ces entreprises, les conditions de travail sont désastreuses et la législation n'est pas respectée», précise Jean-Pierre Bourriaud, représentant SUD PTT. «Quand ça ne suffit plus pour être compétitif, poursuit-il, les patrons quittent la Lorraine et la Picardie pour le Maroc ou la Tunisie, où ils bénéficient de conditions d'installation exceptionnelles. Montant des salaires : 250 euros par mois.» A l'image de B2S - numéro 2 des centres d'appel qui s'implante au Maroc pour Cegetel -, Téléperformance, le numéro 1, a investi la Tunisie... pour plaire à France Télécom, son donneur d'ordres. Pour Jean-Pierre Bourriaud, la logique est inéluctable : «Dans cinq ans, il faudra trouver encore moins cher, le Sénégal ou le Gabon... Et après ? Jusqu'où vont-ils aller ?» soupire-t-il.

Pour couper court à «toute surenchère sociale», David Chinaud a son idée : «Rattacher les salariés des entreprises de sous-traitance à la convention collective du donneur d'ordres.» «C'est la seule façon d'arrêter cette stratégie à triple détente de dégradation des conditions de travail : au sein de l'entreprise, chez ses sous-traitants, dans les sites où elle délocalise.»

août 25, 2004 in Externalisation, Outsourcing | Permalink

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Commentaires

Paris le 24/08/2004
« REORGANISATION DE TIMING EURL »

B2S estime qu'il est "impossible, à ce stade, de préjuger du résultat final d'un projet global qui propose de multiples options et qui s'étale sur plus de 16 mois, jusqu'à fin décembre 2005"...
Or, c'est la vague de 210 suppression de postes qui s'étale sur 16 mois : 1er janvier 2005, fermeture du service de nuit, février 2005, fermeture du service suivi Vente Par Correspondance, puis baisse de 25% par trimestre des effectifs contractuels le dimanche, jusqu'en décembre 2005.
Par ailleurs, il est certes impossible de préjuger de quoi que ce soit puisque le nouveau contrat liant B2S à Cegetel, sur lequel repose la restructuration donc le PSE, n’est à ce jour, aux dires de B2S, pas signé, ni même finalisé…
B2S déclare "réaliser 10% de son chiffre d'affaire avec SFR Cegetel"...
En revanche, Timing, filiale de Ceritex et sous-filiale de B2S, a pour seul client SFR, filiale de Cegetel, du groupe Vivendi, et ce du fait de la volonté de Cegetel, dixit B2S.
La société Timing est dédiée depuis sa création en 1997 à des activités Cegetel, qu'elle exploite sur le site de Montrouge, dont les murs, le matèriel (bureautique, mobilier), les logiciels appartiennent à Cégetel. Sur ce site travaillent des entreprises de maintenance sous-traitantes de Cegetel.
B2S déplore que « Timing affiche au 30/06/2004 2.1 millions d'Euros de perte d'exploitation »....Situation uniquement dûe au choix de Cegetel de rerouter l'activité (les appels) en province ou au Maroc, et qui par ailleurs était parfaitement connue de B2S lorsque ceux-ci ont racheté Timing : en effet, la baisse d'appels était annoncée depuis fin 2002.
Le prix d'achat de Timing a été grandement minoré du fait de cette situation économique, comme en témoignenet les rapports d’expertise comptable.
B2S annonce que "la réorganisation est la conséquence de la fin programmée d'une activité de VPC qui s'éteint, d'une part, et par l'arrêt volontaire des services de nuit et du dimanche"..
Le service VPC a vu en juillet 2003 50% de son activité reroutée par Cegetel sur un site concurrent, à Vineuil, dans le Loir-et-Cher. Pendant 1 an, la direction de B2S est restée muette sur ce point, laissant les téléconseillers désoeuvrés et dans l'expectative, se bornant à invoquer "les négociations avec Cegetel en cours".
Le 4 juin 2004, les membres du Comité d'Entreprise Timing ont été informé de l'arrêt de cette activité…Et des autres.
Quant aux services de nuit et du dimanche, B2S a assuré au comité d'entreprise qu'il s'agissait là d'une décision de Cegetel, dûe aux "prix du marché", et a précisé que "Cegetel a des sites off-shore", en réunion CE du 13 juillet. SFR dément ces affirmations en expliquant que "B2S Timing n'a pas souhaité poursuivre ses prestations relatives aux appels de nuit et du dimanche" (communiqué de presse diffusé, entre autres sur http://www.itrmanager.com le 23/08/04)
B2S évoque un "plan de charge sur l'activité annuaire" qui serait déjà assuré pour 60% des équivalents temps plein (ETP)...
A ce jour, il y a 47 horaires différents sur Timing, qui rappelons le fonctionne 7/7 et 24/24...Nous ne raisonnons pas en terme d'heures de production mais en terme de personnes perdant leur emploi : un ETP peut impliquer 2 salarié(e)s...
La direction de B2S n'a par ailleurs exposé au CE que la création de 40 postes Annuaire Express (TéléOpérateurs), pour un PSE concernant 210 salarié(e)s, dont 63 sur le service VPC (TéléConseillers)...
B2S précise que l'adossement de Timing à une autre structure du groupe (Médiatel) permet de "développer des charges de travail de substitution", or, à ce jour, aucun prospect de nouveau client éventuel n'a été effectué; les dirigeants de B2S n'ont soumis au CE aucune projection économique justifiant la restructuration qu'ils envisagent.
B2S souligne que le "site de Maisons Alfort a été choisi pour son accessibilité et sa proximité"...
L'ancienneté moyenne des salarié(e)s de Timing est de plus de 4ans et 6 mois; au fil des années, tous les salariés ont organisé leur quotidien en fonction de leurs horaires et de leur lieu de travail.
Si le groupe B2S "recrute à Valenciennes, Chalon-sur-saône, Rennes.", il achète également des positions en Tunisie et au Maroc (communiqué de presse de mars 2004), et dépeint lui-même sa stratégie comme suit : achat de sociétés peu rentables, voire déficitaires, retour sur les acquis sociaux, éventuellement PSE, reclassement à moindre coût en vue de redresser la société.

La direction de B2S, qui "a toujours démontré son attachement à rechercher toutes les solutions pour permettre le maintien et le développement de ses effectifs", a commencé par venir, en novembre 2003, sur le site de Montrouge, pour expliquer aux salariés de Timing que la situation de leur entreprise était de leur fait, et leur exposer la nécessité de revenir sur tous leurs acquis : pauses/heure, temporisation (=7 secondes entre chaque appel), dispositions favorables de la convention collective (maintien de salaire dès le premier jour d'Arrêt Maladie) etc....Le tout à grand renfort de petits fours...
Quelques mois plus tard, les différents rapports des différents experts nommés par le CE démontraient l'absurdité de ces explications : la situation économique de Timing n'est en rien liée aux acquis des salariés mais uniquement à la volonté de Cegetel de rerouter l'activité sur d'autres sites, là où la main d'oeuvre est moins chère..
Nous soulignerons aussi la volonté manifeste de B2S de chercher toutes les solutions etc etc…lorsque sa direction cherche à passer en force, à extorquer des avis aux instances représentatives du personnel (avis du CE sur le PSE, avis du CHSCT sur le déménagement etc…), lorsqu’elle sous-informe le Comité d’Entreprise, lorsqu’elle met une pression évidente aux élus en essayant, par exemple, d’imposer un rendu d’avis à des réunions etc etc…
Cet évènement, "difficile" pour les seuls 210 personnes bientôt privées d'emploi, est le fruit d'une politique globale de délocalisation (Cegetel), et d'une politique globale de moins-disance sociale, à des fins d'augmentation perpétuelle du chiffre d'affaire (Cegetel et B2S).
Quant au qualificatif (« fantaisiste ») attribué à nos propos, nous soulignerons juste que, 90% des représentants du personnel étant, comme par hasard, touchés par les suppressions de poste, ceux-ci ne sont pas d’humeur à être « fantaisiste »…Que dire en revanche des informations fournies par la direction de B2S aux représentants du personnel… ?

Le comité d’entreprise Timing

Rédigé par : Cécile | 29 août 2004 23:00:19

Merci de ces précisions.
Quel est votre avis général sur ces phénomènes de délocalisation ?

Rédigé par : Tubbydev | 1 sep 2004 11:16:19

Le phénomène d'externalisation crée toujours des problèmes sociaux car l'externalisation provoque des licenciements et chômages. Mais un entreprise à la recherche du moindre coût recourt toujours à l'externalisation.

Rédigé par : externalisation | 27 mai 2010 12:55:23

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